Légalisation du chalutage « 4 panneaux » en Bretagne, le mépris des instances « représentatives »

Le 01 septembre 2025

« L’arrêté préfectoral approuvant la délibération du Comité Régional des Pêches de Bretagne (CPRMEM) de Bretagne portant réglementation de l’usage du chalut de fond dans les eaux territoriales au large du Finistère sera signé et publié au recueil des actes administratifs de la région Bretagne. »

C’est en ces termes que la direction interrégionale de la mer Nord Atlantique – Manche Ouest (DIRM NAMO) répond aux (très) nombreuses réactions suite à la consultation du public sur ce projet visant à « légaliser » la pratique du chalut dit « 4 panneaux ».

Une menace écologique et sociale

  • Cette technique particulière de chalutage consiste à capturer des bancs de poissons en pleine eau (ce qui correspond en tous points à du chalutage pélagique), dans la bande côtière, mais tout en se faisant passer aux yeux de l’administration pour du chalutage de fond.
  • Ces chalutiers 4 panneaux capturent plusieurs tonnes de poissons en une nuit, y compris de nombreux juvéniles.
  • Ils détruisent les ressources marines dont dépendent les marins-pêcheurs côtiers et créent des conflits répétés avec les arts dormants (filets, casiers, palangres) et les ligneurs.
  • Ils menacent directement la durabilité de la pêche locale bretonne, pilier économique et social du littoral.

Or, le chalut pélagique est fortement réglementé dans la bande côtière depuis près de 50 ans, suite à de nombreux conflits avec les pêcheurs artisans (déjà…). C’est pour cette raison qu’une poignée de chalutiers contourne cette réglementation grâce à l’utilisation de ce type spécifique de chalut.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les ravages causés par la dizaine de chalutiers « 4 panneaux » ont provoqué de graves conflits avec les pêcheurs artisans du Cap Sizun et des Glénan, forçant les instances professionnelles de la pêche à proposer une réglementation.

Sans aucune concertation ni information des pêcheurs concernés, le comité régional des pêches de Bretagne fait passer en force une nouvelle réglementation, présentée comme une simple mesure technique (ouverture du chalut, gréement), mais qui revient en réalité à contourner l’interdiction historique du chalutage pélagique dans la bande côtière, en vigueur depuis 1978.

Ce procédé équivaut à légaliser une pratique destructrice, sans concertation réelle et au mépris de la ressource et des marins-pêcheurs bretons.


Une mobilisation massive ignorée

La seule possibilité offerte aux marins pêcheurs de s’exprimer sur cette question a été la consultation du public obligatoire organisée par la DIRM. Sur les 423 contributions reçues, toutes, à l’exception d’une seule, s’opposent fermement à l’adoption de cette délibération. Une participation exceptionnelle pour un arrêté préfectoral, avec notamment près d’une centaine de contributions de marins-pêcheurs d’Audierne et du pays bigouden, directement concernés.

Un rejet MASSIF, CLAIR et NET donc, mais complètement ignoré par l’administration. A Audierne, une mobilisation sans précédent a réuni quasiment l’ensemble des marins pêcheurs du port, signe d’une colère profonde… que nos dirigeants feraient mieux de ne pas ignorer.

Pour justifier l’adoption de sa réglementation, le CRPMEM répond « qu’aucune objection n’a été formulée contre la mesure technique proposée », mais plutôt une opposition de principe au chalutage… De même, dans sa synthèse des contributions, la DIRM NAMO considère que les contributions ne répondent pas à l’objet de l’arrêté, la limitation de l’ouverture verticale des chaluts, et balaye donc d’un revers de main notre argument que tout chalut à grande ouverture verticale EST un chalut pélagique.

Avant toute chose, nous dénonçons avec vigueur la méthode insidieuse employée par le Comité Régional des pêches de mettre en avant l’argument de l’opposition au chalut pour manipuler l’opinion des pêcheurs. Aucune des contributions envoyées par les pêcheurs professionnels ne contient ce genre de propos. Les pêcheurs bretons ne sont pas dupes de vos manœuvres, ne les prenez pas pour des imbéciles.

Les instances dites représentatives prétendent que « la mesure a été formulée après de nombreux échanges avec les professionnels concernés ». Alors comment ces instances professionnelles qui sont censées NOUS représenter expliquent-elles qu’aucun ligneur ou fileyeur (et certainement de nombreux chalutiers…) n’ait eu le début d’un commencement d’information sur ce projet et son contenu ? Pourquoi ces instances n’ont-elles pas organisé une réunion avec l’ensemble des métiers ?

Mais répéter un mensonge n’en fait pas une vérité : cette délibération a été adoptée en catimini, sans réelle concertation, au mépris des pêcheurs artisans directement concernés. Ce déni de démocratie, validé et soutenu par l’administration a soulevé un vent d’indignation et de colère dans les ports qui ne retombera pas, à moins que nos demandes soient enfin satisfaites :

  1. Retrait pur et simple et l’arrêté préfectoral et de la délibération associée.
  2. Reconnaissance réglementaire de tout engin opérant dans la colonne d’eau comme relevant du chalutage pélagique, quel que soit son montage technique.
  3. Interdiction stricte et cohérente de ces engins dans la bande des 12 milles.
  4. Extension du zonage de protection à toutes les zones sensibles, notamment la baie
    d’Audierne, le sud de Sein sur la base de critères écologiques et d’équité professionnelle.
  5. Ouverture immédiate d’une concertation avec les pêcheurs de la pointe bretonne, ligneurs, fileyeurs et caseyeurs, pour une réglementation juste et durable.

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