
Jean-Ba, comme tout le monde l’appelait, a pratiqué la pêche depuis sa plus tendre enfance… Avant de partir à la ligne, il a pratiqué tous les métiers, chalut, bolinche notamment.
En 2008, il a rejoint l’armement Tarifa, c’était un pêcheur passionné, il était curieux des nouvelles techniques, toujours à l’affût pour dénicher de nouveaux coins. C’est d’ailleurs grâce à des passionnés comme lui que notre métier a pu évoluer et s’inspirer de ces nouvelles techniques venus d’ailleurs. Sur l’eau, Jean-Ba avait sa petite réputation… il n’était pas sur l’eau pour jouer comme on dit… Bien sûr, il y a eu des coups de gueule, comme souvent entre ligneurs… Mais on avait quand même plaisir à tous se retrouver à terre, surtout lors de l’assemblée générale de l’association chaque année pendant notre repos biologique.
De l’expérience il n’en manquait pas, il avait connu beaucoup de tempêtes, de mauvaises vagues, mais ce jour là, malheureusement, cela n’a pas suffi. Ce drame nous bouleverse tous, tous les membres de l’asso bien sûr et tous les marins d’une manière générale. Il nous rappelle à quel point tout peut basculer très vite, malgré les années passées en mer, malgré toutes nos précautions. Il nous rappelle aussi à quel point nous dépendons tous les uns des autres. Une mauvaise vague, une mauvaise croche, une panne…les temps passés en mer ont augmenté , les risques aussi du coup. Nous avons choisi ce métier en en connaissant les dangers. Mais nous l’avons aussi choisi parce que nous sommes viscéralement attachés à tout ce qu’il nous apporte : un gagne-pain bien entendu, mais aussi une véritable liberté, la fierté d’apporter sur la table de nos concitoyens des poissons de qualité, pêchés avec respect pour la ressource et pour l’océan qui nous nourrit.
Tous nos pêcheurs adhèrent à cette philosophie, et ils la partagent avec tous les pêcheurs artisans du monde. Larguer les amarres à chaque marée, avec l’espoir que la pêche sera bonne et si c’est le cas, alors rentrer au port le soir en espérant que celle du lendemain sera encore meilleure ! Et surtout, espérer que le métier perdure, pour nos enfants, qu’ils puissent continuer à exercer ce métier si beau mais parfois si dur. Jean-Baptiste ne sera malheureusement pas le dernier marin à en payer le prix. La gerbe blanche de l’Atari avec Jean Ba arrivant à fond nous manquera à tous.
Sa disparition nous rappelle aussi celle de nombre de nos amis. Philippe Le Bihan de Roscoff qui nous a quitté il y a 2 ans. Pascal Hodierne et Anthony Letourneur, nos collègues normands, il y a 6 ans, exactement à la même époque… Nous avons aujourd’hui une pensée pour eux et pour tous leurs proches à qui ils manquent terriblement.
Gwen Pennarun

Jean-Baptiste
J’ai commencé la pêche en 1987, Eric Corbel, patron du Tarifa, a commencé 5 ans plus tard, et il est toujours là. Jean-Baptiste est arrivé en 2008, il a navigué de suite sur l’Atari, qui avait été construit en 2007. On a beaucoup fréquenté les Glénan ensemble, puis le Raz de Sein et la baie de Douarnenez.
Il était courageux, loyal et très déterminé dans son instinct de pêcheur. Mais pour parler de Jean-Baptiste, je veux citer les mots de sa maman, Geneviève, qu’elle m’avait envoyé lors de mes premiers échanges de messages, lundi, en réaction aux articles élogieux dans la presse locale :
« Il y a parait-il, beaucoup de témoignages élogieux concernant Jean-Baptiste sur le net. Ca fait beaucoup de bien. Il avait du sang bigouden. D’après les témoignages, je suis fière de l’homme de la mer qu’il a été. Il a lui aussi fait partie des « lutteurs de la mer » du pays bigouden. La mer était sa passion depuis tout petit.
C’est au Glénan qui nous passions des moments de vacances en famille. Nous y allions simplement avec le bateau de son père. Il y avait des chambres à louer sur l’île Saint-Nicolas. Après, on allait d’une île à l’autre.
Merveilleux endroit.
J’ai de très belles photos de ces moments des années 80 aux Glénan.
Et la boucle de la vie s’est bouclée au même endroit… »
Je tiens à adresser mes plus sincères remerciements :
- aux services de secours de l’Etat, le CROSS et les Affaires maritimes
- Aux équipages des vedettes de la SNSM, de Concarneau, du Guilvinec et de Loctudy
- A Pierre-Marie Le Corre, patron du navire Enfant de la houle et à Julien le Douarec, patron du navire Kornog, qui ont été les premiers sur les lieux du naufrage, et dont l’action a été décisive pour sauver le deuxième marin, Alex.
- Aux maires du Guilvinec et de Lechiagat, Jean-luc Tanneau et Nathalie Carrot-Tanneau
- Et à tous ceux qui ont participé à l’hommage en souvenir de Jean-Ba et sont présents ici dans cette salle.
Jacques Garo, armateur de l’Atari et du Tarifa




