Rencontre d’une délégation de petits pêcheurs artisans avec la ministre de la mer et de la pêche Catherine Chabaud

Communiqué de presse

Le 10 novembre 2025

Notre délégation de marins-pêcheurs venus de Méditerranée, de Vendée, de Bretagne et de Normandie, avec le soutien de l’ancienne députée européenne Caroline Roose, a eu l’occasion de rencontrer la nouvelle ministre en charge de la pêche, Catherine Chabaud.

Pour la Méditerranée, Pierre Morera, pêcheur du Var, vice-président du comité départemental des pêches du Var, a dressé un portrait bien sombre de la petite pêche méditerranéenne, qui souffre tout autant du braconnage de la pêche de loisir que du bulldozer administratif : VMS obligatoire, accumulation des charges entre autres. Autant de facteurs qui découragent nombre de jeunes pêcheurs à s’installer. En jeu également, la question de la répartition inéquitable des quotas de thon rouge, quasi intégralement distribués aux thoniers senneurs de Méditerranée. Après 8 ans de procédure, deux victoires pour la petite pêche et une défaite contre l’État en cassation, le constat est amer : « Depuis 30 ans, l’État a fait le choix de nous détruire », c’est avec ces mots que Pierre Morera conclut…

Du côté de la baie de Granville, Emmanuelle Marie enfonce malheureusement le clou… Entre la disparition programmée du bulot et les difficultés rencontrées sur le homard du fait des impacts du réchauffement climatique et la confiscation de la majeure partie des zones de pêche par l’île anglo-normande de Jersey, plusieurs dizaines de patrons pêcheurs de Granville réclament un plan de sortie de flotte d’urgence.. « Sur les 150 navires de Granville, plus de 60 % vont disparaître d’ici fin 2026 ! » alerte Emmanuelle. Si encore le poulpe était disponible, mais il ne s’est pas arrêté dans les eaux du golfe normano-breton dans son trajet vers la Cornouaille…

En Vendée, Yann Leberichel, ligneur aux Sables d’Olonne, a tenu à faire le déplacement jusqu’à Paris pour parler du bar. Il a appris avec stupeur les derniers avis scientifiques qui préconisent de TRIPLER les captures de bar dans le golfe de Gascogne. Un avis en totale contradiction avec la saison catastrophique vécue par tous les pêcheurs de sa zone (et dans quasiment tout le golfe de Gascogne). Yann espère que la nouvelle ministre saura écouter leur demande d’une stabilité dans la gestion du bar dans les prochaines années, seule garantie de survie pour les centaines de pêcheurs qui dépendent crucialement de cette espèce.

Enfin en Bretagne, Thomas le Gall, pêcheur à Audierne, président de l’association Pêche avenir Cap Sizun, a évoqué le dossier extrêmement sensible du chalutage 4 panneaux dans le Finistère. Ici aussi, les pêcheurs artisans fustigent l’absence totale d’écoute de la part des comités des pêches et des organes de l’État. La récente légalisation de cette technique de pêche qui n’est autre qu’un chalut pélagique déguisé en chalut de fond ne passe pas sur les quais…

Du côté des ligneurs de la pointe de Bretagne, Gwen Pennarun, président, et Ken Kawahara, secrétaire général ont remis deux notes à la ministre, l’une sur le bar pour démontrer chiffres à l’appui la catastrophe que représenterait une augmentation des possibilités de pêche sur le bar, l’autre sur le lieu jaune, pour fustiger une approche ici aussi incohérente, entre la zone Nord où les scientifiques recommandent un plafond de captures de 3 300 tonnes juste après avoir recommandé un moratoire, et le golfe de Gascogne, où le quota pourrait encore être diminué…à 700 tonnes seulement…

Pour le lieu jaune comme pour le thon rouge, le maquereau et tant d’autres espèces, la petite pêche souffre avant tout d’une répartition complètement inéquitable des quotas de pêche entre pêcheurs « dotés », et pêcheurs « non dotés », souvent des jeunes obligés de s’endetter fortement pour « payer » l’accès à ces droits de pêche. Une situation inadmissible qui ne peut plus durer, et que nous appelons à enfin réformer profondément afin que des paroles – favoriser le renouvellement des générations de pêcheurs– on en arrive aux actes, enfin !

Nous remercions chaleureusement madame la ministre et ses équipes pour leur accueil et leur écoute, ainsi que Caroline Roose pour son soutien aux combats que nous menons.

Partagez cet article: