Inquiétude des ligneurs face à l’augmentation spectaculaire des recommandations scientifiques pour le bar

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Le 8 juillet 2025

Comme chaque année, le CIEM (Conseil International pour l’Exploration des Mers), publie des avis scientifiques avec des recommandations de limitations de la pêche pour un certain nombre d’espèces d’intérêt halieutique.

L’avis de 2025 pour le bar a fait l’effet d’une bombe parmi les pêcheurs. En effet, le CIEM recommande d’augmenter massivement les plafonds de captures de bar en 2026 à 5 180 tonnes en Manche/Mer du Nord (zone Nord) et à 7 618 tonnes dans le golfe de Gascogne (GG) ! En zone Nord, cela représente 2 404 tonnes de plus qu’en 2025 (avis CIEM 2025 : 2776 tonnes), soit près de 100 % de hausse et dans le golfe de Gascogne, 5 000 tonnes de plus qu’en 2025 (avis CIEM 2025 : 2631 tonnes), soit un avis qui passe du simple au triple en un an !

Dans ces deux zones, tous les voyants sont au vert, ce qui est, en théorie, très satisfaisant. Il y a eu des efforts importants depuis une dizaine d’années, ces efforts commencent à porter leurs fruits et nous nous en réjouissons. Par contre, le rétablissement du bar est-il si spectaculaire qu’il justifierait de telles hausses ? Certainement pas. De l’aveu des ligneurs, ces avis sont en décalage avec la perception des pêcheurs sur le terrain. Dans la Manche, la proportion des captures de gros bars (>2kg) est toujours très très faible, et les rendements moyens loin d’être corrects.

Dans le GG, de 2021 à 2024, les débarquements de la pêche professionnelle ont été systématiquement inférieurs au plafond de capture alloué, jusqu’à atteindre -27 % en 2023 (1919 tonnes débarquées pour 2634 tonnes de plafond autorisé), et cela malgré un assouplissement de la réglementation ! En un mot, la situation ces dernières années est loin d’être favorable : on augmente l’effort de pêche pour pêcher encore moins…

Par ailleurs, ces avis pointent du doigt deux problématiques majeures.

D’un côté, les prélèvements de la pêche de loisir sont estimés à des niveaux très importants (en 2026 à 2302 tonnes en zone Nord contre 1821 tonnes pour la pêche professionnelle et 2529 tonnes dans le GG contre 4914 tonnes pour la pêche professionnelle), mais avec un niveau d’incertitude élevé. Il faut rappeler que les plaisanciers français sont soumis depuis plusieurs années à un quota journalier de un ou deux bars par jour, soit une limitation assez stricte.

Dans l’intérêt des pêcheurs de loisir comme de la gestion des pêches, il devient plus qu’urgent d’avoir une évaluation précise des captures de la pêche de loisir, quel que soit le moyen utilisé pour cette évaluation (carnet de prélèvement, permis de pêche etc.).

D’un autre côté, le niveau important des rejets de bar de la pêche professionnelle est le reflet d’un profond dysfonctionnement dans la pêcherie. En zone Nord, 781 tonnes de bars devraient être rejetées en 2026 soit près de 45 % des débarquements ! Même dans le GG, où les restrictions sont moins fortes, les rejets atteignaient 404 tonnes en 2024. À l’heure où les instances représentatives de la pêche professionnelle communiquent si largement sur les efforts entrepris par les pêcheurs, notamment en matière de sélectivité des engins de pêche, de tels niveaux de rejets ne sont pas acceptables… Augmenter les possibilités de pêche pour aboutir à une augmentation des rejets, c’est aller à contre-courant d’une politique durable des pêches…

En synthèse, il y a du mieux, mais il reste encore du chemin avant de considérer que le stock de bar est pleinement rétabli. Les avis scientifiques varient souvent, à la hausse comme à la baisse, sans qu’on observe réellement sur le terrain et dans les débarques la réalité de ces variations…

Alors une augmentation soudaine de 100 à 200 % nous laisse perplexe. Le bar est une espèce qui a subi trop de surpêche dans le passé, et nous craignons que ces avis aiguisent les appétits de ceux qui ont provoqué les crises précédentes : chalutiers pélagiques, senne démersale et gros fileyeurs en tête ! La gestion des pêches a besoin de stabilité, pour le bien des poissons comme pour celui des pêcheurs.

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