Communiqué de presse
Le 9 novembre 2025
Le 7 novembre 2025, nos deux associations représentant plus d’une centaine de marins pêcheurs introduisent un recours en annulation ainsi qu’une requête en référé-suspension afin de faire suspendre en urgence l’arrêté préfectoral du 15 septembre 2025 approuvant la délibération du Comité Régional des Pêches de Bretagne (CRPMEM) de Bretagne portant réglementation de l’usage du chalut de fond dans les eaux territoriales au large du Finistère.
Pour rappel, nos deux associations se battent depuis longtemps pour éliminer de la bande côtière une technique particulière de chalut dite « 4 panneaux ». Cette technique, utilisant 4 panneaux pour tirer le chalut, correspond en tous points à du chalutage pélagique et permet de capturer des bancs de poissons en pleine eau. Malgré cela, les utilisateurs de ce chalut, appuyés par le CRPMEM et approuvés sans ciller par l’administration, font passer cette technique pour du chalutage de fond. Or la réglementation qui s’impose aux chalutiers pélagiques est très différente de celle relative aux chaluts de fond. Ces derniers sont autorisés à opérer à partir de 3 milles de la côte quand les chaluts pélagiques sont en règle générale autorisés à pêcher seulement au-delà de 9 milles.
Cette réglementation, qui date de la création du chalut pélagique dans les années 70, a justement été adoptée suite à de nombreux conflits entre pêcheurs artisans et chalutiers pélagiques, accusés déjà à l’époque de piller les ressources marines de la bande côtière. Depuis la fin des années 70 donc, l’équilibre entre les différents métiers qui composent la pêche artisanale bretonne dans la bande côtière s’était plus ou moins stabilisé , entre chalutiers de fond, fileyeurs, caseyeurs et ligneurs. Mais le développement du chalut dit « 4 panneaux » depuis plus d’une dizaine d’années menace gravement cet équilibre !
En ponctionnant plusieurs tonnes de poissons « nobles » comme le bar, le pagre, les dorades, en une seule nuit, ces navires se livrent à un véritable pillage en règle de la bande côtière, notamment dans des espaces particulièrement riches et fragiles comme les Glénan ou la baie d’Audierne. Contrairement aux espèces sous quota, beaucoup d’espèces que ces chalutiers ciblent ne bénéficient d’aucune évaluation scientifique, ni d’aucune réglementation de leur pêche.
Par l’adoption de cette réglementation, le CRPMEM souhaite « légaliser » la technique du chalut « 4 panneaux » à proximité des côtes, sous couvert de l’adoption de mesures techniques (la « limitation » de l’ouverture verticale). Tout en admettant que l’utilisation réelle de ces chaluts à « quatre panneaux » correspond à celle des chaluts pélagiques, le CRPMEM mobilise une définition ancienne et obsolète du chalutage pélagique, contraire à la réglementation européenne d’application directe, pour les classer définitivement parmi les chaluts de fond. Cette approbation risque fortement d’entraîner un développement incontrôlé de cette technique dans la bande côtière…
De plus, en organisant l’adoption de cet arrêté en plein mois d’août, sans concertation préalable avec les pêcheurs concernés, et en balayant ainsi d’un revers de main les 423 contributeurs de la consultation publique qui s’opposaient à ce projet, le CRPMEM et les autorités compétentes (Préfecture et Direction interrégionale de la mer) ont fait preuve d’un déni de démocratie associé à un profond aveuglement sur les conséquences d’un tel projet.
A cause de ce manque d’écoute, nos associations n’ont malheureusement pas d’autre voie que d’emprunter la voie judiciaire, devant le tribunal administratif, pour éviter que les ressources dont nous dépendons soient de nouveau pillées. C’est une question de respect pour le travail des centaines de pêcheurs artisans qui pratiquent une pêche durable respectueuse de l’environnement et pourvoyeuse de poissons de haute qualité pour les consommateurs.
A l’heure où les ressources halieutiques sont plus que jamais menacées, notamment par les profonds bouleversements écologiques liés au réchauffement climatique et à l’écocide en cours (pollutions, constructions, destructions), comme en témoignent la disparition d’espèces clés comme le maquereau, le chinchard, le merlan, notre mer ne peut pas supporter de nouveaux coups de butoir, en particulier dans la fragile bande côtière.


