Surpêche du bar, les ligneurs tirent déjà le signal d’alarme…

A l’attention de M. Frédéric Gueudar-Delahaye, Direction des Pêches Maritimes et de l’Aquaculture

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Surpêche du bar, les ligneurs tirent déjà le signal d’alarme…

Après une année 2019 extrêmement tendue dans le golfe de Gascogne, qui aura vu successivement : une diminution du plafond annuel de capture de bar de 2 240 tonnes à 2 150 tonnes, une surpêche hivernale avec 922 tonnes débarquées au premier trimestre (soit près de 50% du plafond), une limitation de la pêche à 50 kg par jour et par navire à partir d’octobre et enfin, une fermeture de la pêche durant les fêtes de fin d’année alors que les cours en criée atteignaient des sommets…., les ligneurs sont à cran.

Alors nous suivons les débarquements de cet hiver comme le lait sur le feu, et nous ne laisserons pas se reproduire les scénarios catastrophiques des années passés ! Alors que s’est-il passé depuis le 1er janvier ?

1/ les débarquements sont plus importants sur les trois premières semaines de janvier de cette année que sur les quatre dernières années208 tonnes de bar ont été vendues en criée contre, par exemple, 187 tonnes en 2017 où aucune limitation mensuelle n’existait encore…

2/ Et cela malgré de nouvelles mesures de gestion, avec des limitations mensuelles divisées par deux (entre une tonne et 3 tonnes par mois suivant les engins contre 2 à 6 tonnes auparavant).

3/ Trois criées retiennent notre attention : Les Sables, Oléron et Noirmoutier, qui totalisent à elles seules plus de 80 tonnes de bar, soit 40 % des débarquements de bar en criée de toute la France.

4/ Les cours du bar se sont depuis effondrés au plus bas depuis le début de l’année, en dessous de 5€/kg par endroits !

Nous demandons à la Direction des Pêches de réaliser au plus vite un état des lieux de la situation, afin d’identifier les causes de l’inefficacité de la réglementation, et de poursuivre toutes les fraudes.

Cependant, il est hors de question d’attendre la fin de l’hiver pour faire le bilan de l’efficacité de la réglementation mise en place. A la lecture des premiers chiffres à notre disposition, il est très clair que les nouvelles mesures sont malheureusement inefficaces et qu’il est nécessaire de réagir dès maintenant. Comme nous le demandons depuis des lustres, la mise en place d’une période de repos biologique durant les mois de février et de mars permettra d’éviter cette situation de surpêche massive durant la période de reproduction du bar. Il n’est pas trop tard pour l’appliquer dès cette année !

En ce qui concerne le mode de gestion actuel du bar par un système de licence géré par le Comité National des Pêches, nous tenons à réaffirmer les éléments suivants :

– Les nombreuses tentatives exercées par les Organisations de Producteurs du sud du golfe de Gascogne de récupérer la gestion à leur compte sont à relier avec l’accroissement de leur effort de pêche sur le bar. Il ne s’agit ni plus ni moins qu’une tentative inadmissible de privatiser la ressource à leur profit.

– Le premier changement qui s’impose est modifier les règles des navires sans licence bar. Les seuils de 3 et 4 tonnes ne sont plus justifiés pour les chaluts de fond et pélagiques et doivent être revus. Fixer une limite globale à une tonne par navire quel que soit le métier permettrait à ces navires de continuer à débarquer les prises accessoires inévitables et de limiter l’effort de pêche.

– De même que pour les chalutiers, il devrait être interdit de cumuler les plafonds de capture de bar hors licence pour les métiers de la ligne et du filet.

– A la création de la licence bar, de très nombreuses licences ont été distribuées à des navires qui n’en avaient pas l’usage. Il en a résulté une situation de surcapacité qui porte un grave préjudice aux navires qui dépendent de cette espèce. Peut-on comparer la situation d’une entreprise dépendant à plus de 50% d’une espèce à celle pour laquelle le bar ne représente qu’un faible pourcentage de son activité ? Il faut absolument  intégrer la notion de dépendance économique. Ainsi, les navires réalisant plus de 50% de leur chiffre d’affaires annuel sur le bar devraient bénéficier de mesures spécifiques leur permettant de continuer leur activité tout au long de l’année.